Souveraineté Numérique : Interview du mois d'octobre pour Effysin SDS de Fabrice Lenoble (TeachReo)


Souveraineté Numérique : Interview du mois d'octobre pour Effysin SDS de Fabrice Lenoble (TeachReo)

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Article N°25699

Souveraineté Numérique : Interview du mois d'octobre pour Effysin SDS de Fabrice Lenoble (TeachReo)

Il s'agit ici une nouvelle fois de mettre en avant un des acteurs du numérique français. Notreécosystème et riche et plein de belles initiatives. Prenez le temps de les découvrir...

Interview de Fabrice Lenoble créateur de TeachReo la plateforme de visio dédiée à l’éducation et la formation 100% éthique et 100% souveraine, et fondateur de geeZot.
 

[Emmanuel M] : Bonjour Fabrice, je te remercie de m’accorder cette interview, pourrais-tu nous décrire en quelques mots votre parcours.

[Fabrice Lenoble] : J’ai commencé ma carrière comme responsable informatique, sur des problèmes d’infrastructures, réseaux et de gestion de parc matériels mais aussi logiciel. Ensuite je me suis retrouvé DSI au sein d’une business school, et je n’ai pu que constater la pauvreté des outils proposés aux utilisateurs finaux, notamment les enseignants. Cette expérience a été fondatrice, dans l’idée et la création de geeZot et de son offre TeachReo. J’ai en parallèle pendant plus de deux ans, enseigné en BTS, ce qui m’a permis d’affiner mon projet.

[EM] : Comment en es-tu venu à vous lancer dans l’aventure entrepreneuriale, en créant TeachReo ?

[FL] : Comme je l’ai évoqué, mes 7 ans responsable en tant que DSI d’une école de commerce, m’ont permis de prendre conscience de la pauvreté des outils numériques à disposition. Notre idée a toujours été de travailler sur des technologies open source. La problématique initiale sur laquelle on s’est attachée était celle de l’absentéisme (courte ou longue). L’idée a été de construire une Base de Données (DB) des enseignants disponibles. Le but était de pouvoir mettre en relation les établissements avec les enseignants disponibles (qui en échanges auraient eu une rémunération attractive), une sorte de « Bon Coin » des enseignants. Contacts ont été pris avec le ministère, ont étaient sur le point de lancer une phase pilote, mais les élections présidentielles sont arrivées, et au final le projet est passé à la trappe.
On a continué à développer la plateforme très orienté EdTech, nous avons vivoté jusque 2019. Et début 2020 avec l’arrivée de la crise du covid, on est passé de 200 utilisateurs à 4000 en une semaine.

[EM] : Quelle est ton offre de valeur, comparé à tes concurrents ? Et qu’offres-tu-en plus des outils de vidéoconférence généraliste américain, comme Zoom ?

[FL] : C’est une interface de gestion et d’organisation de salles, qui offre des capacités de planification des « cours en lignes », mais c’est une solution de vidéoconférence « Salle de classe électronique », donc tout est orienté pour permettre le travail interactif en toute fluidité et pas seulement par l’utilisation d’un partage d’écran (gourmand en bande passante). C’est une solution construite à partir du logiciel libre BigBlueButton (BBB) sur la partie vidéoconférence. Nous sommes complémentaires aux LMS.

[EM] : Est-ce que les grandes écoles de commerces ou d’ingénieurs ne seraient pas une cible intéressante ?

[FL] : Si bien sûr, mais il est très difficile d’avoir les bons contacts. Surtout, si tu n’es pas un ancien de l’école visée. Puis un des retours qui nous est fait : « Nous avons déployé Zoom, on fait des visios à plus de 300, alors vous comprenez… » Déjà le principe d’une visio à 300 interroge, mais en plus de cela zoom est vraiment un outil de vidéoconférence alors que BBB, a été développé par et pour des enseignants/formatieurs. Les salles de classes virtuelles permettent ainsi une interaction fluide et robuste.

[EM] : Peux-tu nous résumer TeachReo en quelques chiffres clés ?

[FL] : Voici les quelques chiffres clés marquant pour 2020 : 6000 utilisateurs / 30 serveurs / 100k€. Ceci pour un effectif 2-3 personnes. Ce qui est important pour nous pour l’avenir, c’est de gagner en visibilité et nouer des partenariats.

[EM] : Comment te projetes-tu dans 5 ans ?

[FL] : Le marché de la formation est en train de muter, et il y a un développement de plein de petits centres de formation (ex : ITJump). Cette cible des petits, est souvent délaissée et pour TeachReo, c’est la possibilité d’apporter une réponse abordable et éthique à ces attentes non répondues et donc une possibilité non négligeable de croissance.

[EM] : La souveraineté, a-t-elle été le moteur principal, ou pourrions-nous dire que c’est la cerise sur le gâteau ?

[FL] :  C’est le moteur principal et depuis le départ. Contrairement à des solutions comme zoom, avec TeachReo en sus de proposer un hébergement des données en France, la technologie est suffisamment puissante, pour ne pas avoir besoin d’installation de plugin sur son pc. Cela fonctionne donc sur n’importe quel environnement, Linux, Windows, IOS, etc…
Je fais beaucoup d’auto-hébergement chez des acteurs français Ikoula et Scaleway en France principalement. J’utilise Matomo comme outil d’analyse du trafic au lieu de Google Analytics. Et surtout pas de Google ads. Et il n’y a aucun traceur dans TeachReo

[EM] : La souveraineté numérique mobilise particulièrement la French Tech depuis début 2020, comment te positionnes-tu ?

[FL] : Si les signaux sont bons, il y a un manque de connaissance des décideurs, volonté de faire des économies courts « termistes ».
Par exemple le CNED qui avait choisi BlackBoard solution américaines (utilisant la techno BBB) qui durant le confinement, devant l’explosion de la demande, a probablement privilégié ses clients américains, posant de gros problèmes de fluidité en France. Ce qui ne serait pas illogique.
Il est donc important qu’il y ait une prise de conscience général des impacts qu’impliquent nos décisions, notamment sur le long terme.

[EM] : Que penses-tu de l’initiative qui a mené à la création du collectif de PlayFranceDigital ?

[FL] : L’idée de départ est bonne, avec un label de « Fait en France » cela aurait été plus pertinent selon moi. Et il est agaçant de constater que nombre de start-ups françaises, y compris du collectif, ont leur architecture sur de l’AWS d’Amazon. On ne peut pas selon moi revendiquer être souverain dans ces conditions.

[EM] : Depuis que j’ai décidé d’animer ce site d’information sur la souveraineté numérique, je découvre un écosystème numérique français très riche et dynamique. Aviez-vous réalisé sa richesse ?

[FL] : Oui, effectivement il y a une multitude d’offres qui présentent des intérêts divers. Ai-je des besoins qui pourraient être couvert ? La réponse est non, car je n’ai pas forcément de besoins importants…

[EM] : Je rêve que nos acteurs du numérique français arrive à chasser en meute ceci afin de contrer la puissance des géants du numérique américain. Qu’en pensez-vous ? Que manque-t-il ?

[FL] : Ce qu’il manque ? Si je le savais… Un problème d’éthique, de comportement. Il serait souhaitable que l’on soit plus dans une logique de coopération et de s’appuyer sur nos forces respectives et ainsi offrir une offre qui réponde aux besoins de nos clients. Mais trop souvent, vous avez des entrepreneurs non positionnés sur ce segment, qui viennent se renseignent et décident de faire leur propre instance de BBB, mais sans l’expérience et la compétence adéquate. Cela cause un vrai préjudice sur la technologie même et rend la démarche commerciale compliquée chez des clients qui ont été déçus. C’est le genre de clients qui sont difficiles à récupérer car s’ils n’ont pas de convictions fortes sur leur politique de données ils partent alors facilement chez un GAFAM ou un ZOOM.
Mais d’une façon générale, il est difficile de créer cette entraide qui existe dans d’autres pays (US, Allemagne) où les grands groupes s’appuient sur des fournisseurs et partenaires de type PME / TPE.
Il est frustrant de voir des acteurs du numériques français qui défendent une souveraineté numérique utiliser exclusivement zoom ou youtube…

[EM] : Logiciel libre, quelle est ta position ?

[FL] : C’est une bonne alternative, en plus on sait où on met les pieds, on n’a pas le côté boite noire. De plus si le client n’est pas satisfait du service, il peut reprendre l’intégralité de la solution et l’héberger lui-même ou la faire reprendre par un autre acteur.

[EM] : Quelle est ta vision sur le numérique et son évolution dans notre société ? Quels en sont pour toi les risques majeurs ?

[FL] : Il y a une méconnaissance du numérique de ce que cela représente et des enjeux qu’il y a derrière. Il y a un manque de formation afin d’améliorer la compréhension du numérique j’aime bien montrer aux jeunes un document de 2013 : pollution la face cachée de l’internet. Même si on sait aujourd’hui que toutes les estimations affichées ne sont pas justes.
Une bonne utilisation de l’outil de l’informatique c’est de savoir ce que l’on veut faire et de ses impacts…

[EM] : La souveraineté numérique est de mon point de vue un sujet important à mettre au cœur de la présidentielle. Penses-tu que les candidats à l’élection présidentielle aient bien conscience des enjeux majeurs que cette souveraineté représente ?

[FL] : Non aucune idée, aucune conscience, ils sont dépassés. Exemple de Cédric O avec son histoire du maillot « Google ». C’est vrai que l’on ne verrait pas un ministre de l’agriculture avec « vive le vin Californien ».
On est aligné sur le fait que la souveraineté numérique, c’est aussi un sujet culturel.

[EM] : Nous arrivons à la fin de cet entretien, quel serait ton mot de conclusion ?

[FL] : Il faut une vraie prise de conscience que le numérique local serait un vrai plus pour tout le monde. En faisant travailler des entreprises locales c’est bon pour l’emploi, la balance commerciale, etc … Sans pour autant dire qu’il faut fermer les frontières et vivre en autarcie, ce serait bien de privilégier et développer la filière numérique localement, un peu loupé lorsque l’on voit le cloud de confiance. Toutefois rien n’est perdu, la Chine avait plusieurs années de retard dans le numérique et aujourd’hui ils sont devant nous. On devrait pouvoir faire la même chose avec un peu de volonté politique. Sinon nous allons subir la loi des GAFAM et BATX. Comme pour l’industrie et ses délocalisations où nous sommes aujourd’hui dépendants d’où les relocalisations (après 20 ans).


Emmanuel MAWET

Lien :www.effisyn-sds.com

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