Souveraineté numérique : Meta, les campagnes publicitaires qui interrogent...


Souveraineté numérique : Meta, les campagnes publicitaires qui interrogent...

Article
Accueil Effisyn S.D.S
 
| Effisyn S.D.S | Réseaux Sociaux | Metaverse  Vu 12017 fois
Article N°27158

Souveraineté numérique : Meta, les campagnes publicitaires qui interrogent...

Dans cet article je m'interroge sur la campagne de publicité massive de #META sur les télés françaises. Deux produits sont mis en avant... Tout d'abord les lunettes connectées, avec toutes les questions entourant la protection des données privées et de la vie privé. Puis ensuite ce #Métavers dont il est difficile de définir les contours et le contenu réel, mais dont on devine déjà les dangers...

Et vous qu'en pensez-vous?

Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de les voir, mais Meta a lancé depuis plusieurs semaines deux campagnes publicitaires sur les médias télévisuels. Ces deux campagnes publicitaires concernent deux produits, l’un existant, les lunettes connectées (avec Ray-Ban), l’autre en construction, le métavers. Aussi bien l’une que l’autre, sont dérangeantes. Nous allons essayer d’explorer pour quelles raisons ces deux campagnes sont dérangeantes, notamment dans ce qu’elles impliquent sans l’expliciter.
 

Les lunettes connectées

La thématique des lunettes connectées n’est pas récente, doit-on se rappeler de l’échec commercial pour le grand public des Google Glass, notamment compte tenu des risques liés aux applications envisagées (de nombreuses réticences liées aux applications envisagées, comme reconnaissance faciale en liaison avec les RS, pour connaitre les informations sur vos interlocuteurs…) Google s’est repositionné sur un usage professionnel qui a tout son sens (lien).
Mais les lunettes connectées grand public reviennent en force par le partenariat Meta, Ray-Ban et le groupe Essilor Luxottica. Meta a donc lancé une campagne publicitaire importante qui met en scène des personnages porteurs de lunettes qui prennent en photo des proches ou font des films en faisant remarquer que la diode indiquait que l’enregistrement était en cours, pour lancer le produit en Europe et en France. La question que l’on peut se poser, c’est qu’est-ce qui permet de croire que les risques d’atteinte à la vie privé ont fondamentalement changé ? La publicité, essaie de se montrer rassurante en indiquant qu’une MicroLED (rouge ?) permettait de savoir lorsque la personne porteuse de lunettes, prenait une photo ou filmait… Pensez-vous que dans une foule ou une assemblée importante vous arriverez à déterminer si on vous filme et qui vous filme ?
Par ailleurs ces photos ou vidéos, compte tenu des conditions générales d’utilisation de Meta (Facebook), seront-elles vraiment la propriété de celui qui a filmé, ou est-ce que cela deviendra la propriété de Meta, qui pourra ainsi les monétiser à loisir, ou permettre des utilisations frauduleuses en autorisant Clearview à les récupérer… Cette dernière vient d’être condamné par la CNIL à une amende de 20 millions d’euros et enjoignant l’entreprise de supprimer les données concernant des citoyens français (Lien)…
Je suis très inquiet quant à la direction que nous prenons et la société de surveillance continuelle, est-ce vraiment vers ce monde Orwellien vers lequel nous désirons aller ? Pensez à ce que des idéologies totalitaires comme l’écologisme ou le wokisme qui veulent abolir la frontière entre le privé et le public pourraient faire d’un tel outil à leur disposition… Pensez ce que serait un monde sans intimité… Comment s’assurer que nous ne pourrons être filmés facilement à notre insu ? Risque déjà prégnant avec l’arrivée des smartphones, mais qui ne sera que multiplié avec l’arrivée de ces lunettes…
 

Le Métavers

Il s’agit du deuxième volet de ces campagnes publicitaires lancées par Meta. Dans ce dernier cas, il s’agit plus de mettre l’eau à la bouche des futurs « clients » du métavers. En effet le produit en tant que tel n’existe pas, et Mark Zuckerberg a été moqué lors du lancement du métavers Horizon en France et en Espagne à cause d’un graphisme assez limité pour le dire poliment (Clubic – 22/08/22). Mais si cela prête à sourire, le contenu de la publicité force à se poser plusieurs questions.
La publicité souligne la possibilité d’accéder à des campus et amphis virtuels mais ces derniers sont-ils réellement un bon moyen de dispenser un enseignement ? Quelles interactions entre l’enseignant et ses étudiants et quelles interactions entre les étudiants eux-mêmes ? Quels impacts aurait un enseignement de plus en plus virtualisé sur la formation des cerveaux de nos enfants ? On le sait, l’écriture manuelle a une efficacité inégalée dans la capacité à apprendre, à comprendre et à prendre du recul. Que deviendront des générations de zombies biberonnés au virtuel ?
L’autre exemple, toujours dans le domaine éducatif, est celui d’étudiants ou d’élèves qui assistent à un moment historique reconstitué virtuellement le discours de Marc le romain comme si vous y étiez… Très séduisant de prime abord, comment mieux illustrer ces instants historiques, qu’en parcourant un champ de bataille avec Napoléon qui donne ses ordres ?
Cependant la première objection qui me vient à l’esprit, cette immersion dans une réalité virtuelle permet-elle de recevoir l’enseignement avec tout le recul nécessaire et le questionnement ? Ne risque-t-on pas de faire passer des événements, qui peuvent être perçus différemment selon les époques et les historiens, soudainement en réalité absolue ? Là encore je pense aux dégâts que pourrait faire l’idéologie woke dans sa volonté de réécrire et de réinventer l’histoire… Une nouvelle fois un gouffre Orwellien s’ouvre devant nous !
Le dernier exemple donné est celui de la possibilité aux chirurgiens ou aux médecins de se former… Idée innovante, non ? Le seul problème c’est que cela existe. De tels logiciels de réalité augmentée existent déjà et transforment l’approche chirurgicale et la formation des chirurgiens (InSimo, entreprise française) et nous avons des sociétés qui ont développé des solutions de chirurgies par réalité virtuelle, permettant d’être moins invasif, plus efficace (Pixee, entreprise française ou encore P3D, société portugaise). Sur cet aspect-là, le métavers est tout sauf innovant !
Et les critiques que l’on peut émettre sur le métavers ne s’arrêtent pas là, en voici quelques-unes, cette liste étant loin d’être exhaustive ! On peut s’interroger sur l’empreinte carbone du développement de tels univers virtuels, compte tenu des fortes capacités de calculs… Il y a toujours avec Meta, la question de la collecte et de la protection des données personnelles, imaginez-vous seulement le volume de celles-ci que pourraient recueillir Meta via votre avatar et son comportement dans le métavers ? Serait-il unique et donc monopolistique, ou serait-il interopérable avec d’autres métavers et comment se ferait le passage de l’un à l’autre ?
Il y a bien entendu la question de la cybersécurité, comment assurer un niveau de protection adéquat devant l’ampleur de ce monde virtuel ?
Une autre question pratique qui ne se pose d’ailleurs pas que pour le métavers, dans ce monde virtuel, peut-il, doit-il exister des frontières ? Les états peuvent-ils encore avoir une capacité de régulation ?
La crainte irraisonnée que l’on puisse avoir face à cette évolution du numérique, c’est la place de l’homme dans la réalité et son rapport au réel et à la nature. Allons-nous vers ces mondes décris par le cinéma ou le roman d’anticipation, comme La Matrice, ou Ready Player one ? Peut-on réellement considérer qu’il s’agit d’un progrès ?
 

Conclusion

Ces deux campagnes publicitaires interrogent et inquiètent. Doit-on aller dans une direction, simplement parce technologiquement c’est possible, ou ce le sera à brève échéance ? Nous avons encore une fois, la question des lignes rouges, peuvent-elles être dressées et maintenues ? Ces deux projets, avec le projet fou d’Elon Musk de l’interface neuronale, que risque-t-il d’en sortir, vers quel monde souhaitons-nous nous diriger ? Peut-on encore envisager d’autres alternatives, ou les choses se feront-elles parce qu’on peut le faire, et ce peu importe les questions éthiques ? Cette interrogation a été portée par Jacques Ellul et elle me parait toujours d’une criante actualité !
 

Emmanuel MAWET

Lien :https://effisyn-sds.com/2022/10/27/meta-les-campagnes-publicitaires-qui-interrogent/

  • 0
    • j'aime
    • Qui aime ça ? »
  • 0
    • je n'aime pas
    • Qui n'aime pas ça ? »
  •  
 

Réagissez, commentez !

  • michel-lecomte :27/10/2022 20:14:59 Voilà des questions qui méritaient d'être posées, ou plutôt que nous devrions tous nous poser.
    Pour ce qui est de la première, il est évident que ceux qui filmeront apporteront aux géants des données qu'ils sauront extraire et exploiter au niveau de chaque personne membre de leur réseau social respectif et bien se les revendre puisque ça fait partie de leurs usages. Oui il y a bien danger en ce qui concerne l'intrusion dans la vie privée de chacun. C'est d'autant plus vrai que nombreux seront ceux qui masqueront la led rouge... afin de ne pas être repérés.

    Pour la deuxième question, à supposé que le frein soit serré au maximum afin d'empêcher le développement du concept décrit qui est déjà sur le marché, cela fera malheureusement un peu comme TikTok. Dès sont lancement, il y a 6 ans nous étions nombreux à l'avoir testé afin d'y voir les dangers potentiels et chez Smartrezo, nous avions immédiatement mis à jour la présence de faux identifiants Adultes qui se cachaient derrière des avatars de jeunes ados alors que c'étaient bien de Pédophiles. Nous avions signalé cela à qui de droit afin que des mesures de précautions soient mise en oeuvre... En fait rien n'a été fait, les jeunes ont commencé à délaisser Facebook et TikTok a grandi et est devenu incontournable pour les jeunes mais aussi pour les moins jeunes, à tel point que même notre Président de la République s'adresse aux jeunes via TikTok.
    Est-ce que TikTok est moins dangereux qu'à ses débuts ? Non bien au contraire, car en plus des Pédophiles se sont rajouté les harcèlements des jeunes entre-eux qui ont amené à de nombreux suicides sans parler du mal-être de milliers de jeunes et cela dans le plus grand silence, puisque pour ne pas passer pour des ringards, les grands médias n'en parlent pas mais au contraire relais des vidéos TikTok sur leurs JT.
    Tous cela pour dire que la méfiance justifiée pour ces lunettes et le Metavers risque d'entrer très rapidement dans les usages du plus grand nombre avec la même insouciance car nous serons peu à oser passer pour des ringards.
rechercher un article, une vidéo...